Rechercher
  • Corinne Streiff

Fais plaisir: décryptons ce driver

Un driver est donc un message contraignant reçu dans l'enfance ou perçu par l'enfant comme une condition à l'obtention de quelque chose. "Si je suis gentil, serviable, discret, performant etc. on va m'aimer, j'aurai de la valeur, je serai digne d'attention etc." C'est la croyance que je serai ok si... donc de manière conditionnelle.


Les drivers sont des messages que l'enfant perçoit très tôt dans son développement et donc la compréhension en est altérée. Il y a quelque chose emprunt de la pensée magique de l'enfant: "Si je fais ou suis comme ceci ou comme cela, les gens penseront ceci ou cela de moi...".

Vous trouverez plus d'infos dans un précédent article: https://www.cs-conseil.ch/post/les-drivers-ces-messages-qui-nous-conditionnent


Chaque driver est positif tant qu'il n'est ni un conditionnement ni une contrainte.


C'est souvent sous la pression ou en cas de stress que les drivers ou plutôt les côtés négatifs des drivers se manifestent.

Découvrons maintenant comment le driver "Fais plaisir" se manifeste.

La base de ce message, selon Michael Reddy (analyste transactionnel), est que « toute tâche, toute réalisation doit procurer du plaisir pour quelqu’un d’autre ».

Ce qui est certain, c’est que la personne sous l’emprise du « fais plaisir » va forcément rencontrer des personnes qu’elle va décevoir ou heurter. C’est donc un leurre de penser qu’il possible de plaire à tout le monde ! Et pourtant, pour la personne sous l'effet de ce driver, il s’agit d’un objectif voire d’une absolue nécessité !

Or, comment savoir ce qui plaît ou déplaît à l’autre ? La personne va donc imaginer, faire des plans, mettre une énergie incroyable pour faire plaisir et être ainsi appréciée ou validée.


Il sera donc extrêmement difficile pour elle de dire NON.


Le problème se complique encore lorsqu’il s’agit d’un groupe où chacun n’a pas le même besoin. A qui faire plaisir ? Le langage non verbal du « fais plaisir » se manifeste par des hochements de tête, des sourires, des approbations lorsque quelqu’un parle. La personne peut facilement utiliser l’humour, encore plus si la situation est tendue et qu’elle souhaite ramener l’harmonie. Je dirais d’ailleurs que la valeur d’harmonie est très forte pour la personne drivée par ce message. Elle accepte également des situations ou des manières de faire qui ne lui conviennent pas. Voulant faire plaisir, elle fait passer ses besoins, ses envies et ses avis en second, si tant est qu’elle les connaisse !


Un problème important qu’induit ce driver, selon moi, est le sauvetage, au sens du triangle dramatique de Karpman. En imaginant ce qui ferait plaisir à l’autre, la personne tente de le sauver alors qu’il n’a rien demandé et qu’elle ne sait pas ce dont il a besoin. Le résultat peut donc être une dose importante de frustration et de déception ! Se plier en quatre pour ne même pas obtenir de reconnaissance, quelle injustice ! Et la colère est difficile pour qui est sous l'influence de ce driver car elle ne fait pas plaisir !


Encore une fois, choisir de faire plaisir aux autres est, en soi, une bonne chose. Cependant, ce n'est le cas que s'il s'agit d'un vrai choix et non d'un conditionnement.


Si vous vous sentez concerné/e par ce driver, il y a des permissions que vous pouvez vous donner ainsi que quelques pistes à explorer :

- Qu'est-ce que l'enfant que vous avez été a obtenu en se soumettant à ce driver? Qu'en a-t-il compris, qu'en a-t-il retiré ? Quel était le risque de ne pas s'y soumettre ?

- Avez-vous vu l'un de vos parents ou figures parentales obéir à ce driver ? Etait-il un modèle pour vous ?

- Aujourd'hui, que vous apporte votre besoin de faire plaisir, de faire passer l'autre en premier, de lui plaire ? En quoi est-ce positif ? En quoi cela vous fatigue-t-il ? Y a-t-il un risque à faire autrement ou une interdiction à changer ?


Permissions à se donner à soi (ou à nos enfants si nous les voyons sous l'emprise de ce driver) :

- Je peux avoir mon avis et mes besoins.

- Je peux me prendre en considération, me sentir important.

- Je peux dire non quitte à décevoir l'autre, le frustrer peut-être .

- Je peux choisir de faire plaisir.

- Je peux me positionner librement.


Il est en tout temps possible de faire autrement et d'apprendre à changer de regard sur nous et ce qui nous entoure...




Références:

- Brécard, F. et Hawkes, L. (2015). « Le grand livre de l’Analyse Transactionnelle », Paris, Eyrolles

- Reddy, M. (2008). « Les messages contraignants - Les classiques de l‘AT volume 3 », Lyon, Les Editions d’Analyse Transactionnelle


Posts récents

Voir tout

Ateliers